Les marchés

L’euro fête ses 20 ans

16 septembre 2019 | Les marchés

C’est l’un des paradoxes de l’évolution politique en Europe : alors que les mouvements eurosceptiques sont en progression partout dans la zone euro, jamais l’euro n’a eu tant de popularité auprès des Européens. Malgré les différentes crises, la monnaie unique en est sortie renforcée. Cet article évoque son histoire et ses succès.

Compléter l’union économique européenne par une union monétaire était dans les esprits depuis les années 60. Le but était de créer un cadre stable et propice aux échanges entre les États membres. Plusieurs tentatives, dans les années 70, échouèrent en raison de crises monétaires et de la crise pétrolière de 1972–1973. Le premier véritable succès fut la création du Système Monétaire Européen en 1979, instituant une devise de référence, l’ECU, et des limites dans lesquelles les devises des États peuvent fluctuer.

mesures adopter renforcer euro

Vu le succès rencontré, un traité est conclu à Maastricht en 1991 pour lancer une véritable devise européenne, l’euro. Trois phases sont prévues : mettre en place la liberté de circulation des capitaux, faire converger les économies et finalement fixer les parités de change et lancer l’euro. L’euro est effectivement lancé le 1er janvier 1999 et la monnaie physique est disponible depuis janvier 2002. Douze pays participent au lancement, auxquels se joindront plus tard sept pays supplémentaires.

De 1999 à fin 2008, l’euro a connu un environnement économique particulièrement favorable, qui lui a permis d’atteindre la plupart des objectifs poursuivis par sa création : croissance des échanges commerciaux, convergence des taux de croissance et d’inflation des États membres, réduction spectaculaire des écarts de taux d’intérêt sur les dettes des États membres, augmentation du pouvoir d’achat de tous les citoyens de la zone.

Une crise à double détente

Malheureusement, ceci cachait des évolutions dangereuses, particulièrement dans les pays périphériques de la zone euro : hausse de salaire sans augmentation de la productivité, boom immobilier, hausse de l’endettement privé, gonflement du bilan des banques sans renforcements parallèles des fonds propres. Une crise à double détente est venue ébranler tout l’édifice de la zone euro. En 2008, une crise économique et financière venue des États-Unis a forcé les États à soutenir leur système bancaire. En 2010–2012, l’explosion de l’endettement des États de la périphérie (Grèce, Espagne, Portugal et Irlande) a provoqué une crise de confiance dans l’euro. Son salut est venu de l’action décisive de la Banque Centrale Européenne (BCE). Le président, Mario Draghi, déclara le 26 juillet 2012 qu’il ferait « whatever it takes » pour maintenir l’euro : création monétaire pour contrer l’implosion monétaire causée par les banques en difficulté, refinancement des banques, achats massifs de dettes des États de la zone euro, abaissement des taux d’intérêt, en territoire négatif depuis 2016.

« Le salut de l'euro est venu de l'action décisive de la Banque Centrale Européenne. »

De nouvelles règles sont également mises en place pour assurer le retour à l’équilibre du budget des États, soumettre les grandes banques à un contrôle unique et les contraindre à renforcer leurs fonds propres et enfin créer un fonds de garantie pour protéger les dépôts bancaires et venir en aide aux pays en difficulté. Toutes ces mesures ont permis d’assurer un retour au calme et de relancer l’économie et les finances de la zone euro ainsi que le mouvement de convergence au sein de la zone, momentanément interrompu par la crise.

 


Les succès de l’euro

Réussir à créer une nouvelle monnaie commune à 340 millions de citoyens, dans 19 pays représentant 12,5 % du PIB mondial, avec à peine 10 ans de préparation, et la maintenir malgré une double crise économique et financière sans précédent, est un véritable exploit. La grande majorité des citoyens de la zone le reconnaissent : 75 % y sont favorables en 2018, contre 68 % en 1999.

Les principaux bénéfices escomptés ont été pleinement rencontrés, même s’il est parfois difficile de distinguer s’ils proviennent de la monnaie unique ou de l’environnement économique général :

  • Inflation sous contrôle : sa moyenne s’élève à 1,7 %, contre 4,9 % sur la période 1979–1998 ;
  • Stabilité de l’euro : au sein de la zone euro, le risque de change a été éliminé et le cours moyen euro/dollar est resté relativement stable : au 1er janvier 1999, 1 euro = 1,17 dollar, la moyenne de 1999 à 2018 s’établit à 1 euro = 1,21 dollar, et actuellement 1 euro = 1,13 dollar.
  • Augmentation des échanges commerciaux au sein de la zone grâce à l’élimination des frais de change.
  • Réduction des taux d’intérêt : les taux d’intérêt sont en reflux constant et tendent également à converger entre les différents pays émetteurs.

Un des bénéfices les plus remarquables est la reconnaissance internationale de l’euro. Comme le montre le graphique ci-dessus, la part de marché de l'euro est importante par rapport aux devises américaine, japonnaise et chinoise. Seul l'euro pourrait concurrencer l’hégémonie du dollar américain.

Ce statut vaut à l’euro de bénéficier du « privilège exorbitant » (partagé avec le dollar américain) d’un taux d’intérêt réduit, réduction estimée à 1,1 % (1,6 % pour le dollar américain). Ceci résulte de leur statut de monnaie de réserve et des achats massifs par les banques centrales mondiales des obligations émises dans ces devises. Ce statut permet également à la Banque Centrale Européenne de mener une politique monétaire autonome, en fonction des besoins spécifiques de la zone, et non plus dictée par la Federal Reserve. Même la Bundesbank n’a jamais pu jouir de ce privilège.

Conclusion

Malgré les crises, la construction de l’euro est une réussite. La monnaie unique est toutefois un chantier toujours ouvert. Plusieurs mesures, que nous aborderons dans un prochain article, restent à adopter pour la solidifier.

 
 
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