Cadelam

« Nos portefeuilles peuvent traverser les tempêtes »

23 octobre 2020 | Cadelam

Vous le lisez régulièrement dans nos articles ou l’entendez dans nos vidéos : « Cadelam, gestionnaire de fonds du Groupe, suit telle stratégie ». Mais qui est Cadelam ? Quelles sont ses relations avec la Banque ? René Havaux, CEO de Delen Private Bank, a rencontré Edouard Coene et John le Hardÿ de Beaulieu, responsables des fonds patrimoniaux chez Cadelam. Ces derniers sont revenus sur cette période turbulente et regardent vers les prochains mois avec un calme serein.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissons René nous présenter le rôle de Cadelam.

René Havaux : Notre filiale Cadelam est la société de gestion des fonds dans lesquels nos clients peuvent investir. Pour cela, un certain nombre de principes de base ont été établis. Ainsi, les capitaux sont investis sur la base d'une vision à long terme, proactive et attentive aux risques, tout en suivant des règles de durabilité bien prédéfinies. Sur les 30 milliards qui nous sont confiés en Belgique, quelque 22 milliards d’euros (chiffres de début octobre 2020, ndlr) sont investis dans des fonds patrimoniaux (fonds mixtes). La société de gestion existe depuis longtemps. Nous l’avons baptisée Cadelam, pour Capfi Delen Asset Management, lors de la fusion avec la société de gestion Capfi.

2020 s’est révélée riche en rebondissements. Comment avez-vous vécu cela chez Cadelam ?

John le Hardÿ de Beaulieu : Plutôt bien, mais ce fut période très intense. On s’est tous retrouvés seuls chez soi. Il a donc fallu s’adapter assez vite et on a pu compter sur le soutien et sur l’efficacité des services informatiques de la Banque. Heureusement, on avait fait pas mal de tests avant le confinement et on était prêt, même avec des équipements spécifiques comme notre connexion à Bloomberg. Au-delà du côté technique, Cadelam a senti qu’elle avait la confiance de la Banque avec laquelle elle a toujours beaucoup dialogué. Même lorsque les marchés boursiers ont commencé leur chute libre en mars, puis ont commencé leur vigoureuse reprise. Cette confiance nous a donné l'occasion de garder la tête froide et de travailler sereinement malgré les circonstances.

La confiance de la Banque nous a donné l'occasion de garder la tête froide et de travailler sereinement malgré la crise.
John le Hardÿ de Beaulieu

Comment s’est déroulée cette période turbulente ? A-t-elle engendré plus de transactions ?

Edouard Coene : La crise du coronavirus, nous ne l’avions pas vue venir, mais nous étions finalement bien préparés. Avant d’aborder la crise, revenons sur 2019, qui fut une très bonne année boursière. Nous avions alors profité des marchés favorables pour commencer à réduire les risques dans les fonds en prenant des bénéfices. Dans la partie obligataire, nous avions réduit nos positions dans les obligations à haut rendement – les plus risquées donc – pour les remplacer par des obligations d’État. Dans la partie actions, nous avions renforcé nos positions dans des thèmes dans lesquels nous croyons fermement : commerce électronique, cloud, vieillissement de la population, etc. Par là, nous avons accru notre exposition aux États-Unis, où se retrouvent les principaux acteurs de ces secteurs. Cette stratégie a permis, d’une part, de solidifier encore plus les portefeuilles et, d’autre part, d’en améliorer la liquidité et la diversification. Nous avons donc commencé l’année 2020 avec un niveau de risque moins élevé, ce qui a aidé pendant la crise.

René Havaux : Les principes de base étaient déjà en place, bien avant que la crise n’éclate. Cela me fait penser au grand principe qu’évoque souvent Jacques Delen : « On ne peut pas devenir prudent juste à temps ». Cela illustre bien notre stratégie.

John le Hardÿ de Beaulieu : Même si ce qu’on a fait avant la crise est sans doute le plus important, j’aimerais revenir sur ce qu’on a fait pendant celle-ci. Nous avons continué à diminuer les risques dans la partie obligataire, en vendant des obligations d’entreprise moins solides au profit d’obligation d’État. En matière d’actions, nous avons favorisé des entreprises dotées de bilans stables et semblant moins impactées par la crise. Enfin on a voulu profiter de la correction pour acheter des actions meilleur marché. Il s’agissait surtout d’ajustements, car dans de telles circonstances, il est très difficile de jouer le timing. Comme tout le monde, nous avons d’ailleurs été surpris par la vigueur de la correction et par la reprise rapide et spectaculaire qui a suivi. La volatilité que nous avons connue nous a confortés dans l’idée qu’un bon positionnement avec une vision à long terme est essentiel. On l’a vu, l’erreur à ne pas commettre était de vendre dans la panique, en pleine baisse.

Pourquoi continuer à investir dans les obligations alors que leur rendement est actuellement faible ?

Edouard Coene : Le raisonnement est un peu différent. La partie actions des fonds se concentre sur le rendement potentiel du portefeuille. Actuellement, les obligations, en revanche, ont un rendement limité et faible. Elles servent en fait d'amortisseur : elles absorbent les éventuels chocs au sein de la partie actions. C’est très important aussi dans le contexte que nous connaissons.

René Havaux : J'aime comparer la fonction des obligations au sein d’un portefeuille avec la quille de plomb d’un voilier. Certes, elle ralentit la vitesse du navire en pleine course, mais elle le stabilise lors de la tempête. C'est exactement le rôle des obligations : elles permettent aux portefeuilles de tenir le cap dans des conditions boursières turbulentes.

Comment s’effectue la stratégie d’investissement de Cadelam ?

John le Hardÿ de Beaulieu : Pour les actions, on a une approche globale, également appelée top-down. Plutôt que de commencer par sélectionner une série d’actions individuelles, on se penche d’abord sur le contexte macro-économique qui nous permet de définir, selon nous, les thèmes porteurs d’avenir, comme la technologie, la démographie et la mondialisation. Au sein de ceux-ci, nous déterminons les zones géographiques et les secteurs les plus pertinents. Par exemple, si on veut investir dans le Cloud, on va forcément le faire aux États-Unis où se trouvent les acteurs principaux. Ensuite, nous analysons les sociétés dans ces thèmes et secteurs choisis. Et finalement nous investissons dans celles qui nous paraissent les meilleures, tant au niveau financier que durable ou stratégique. On va également toujours choisir de répartir le risque entre plusieurs entreprises.

Pourquoi investir dans des obligations si elles ne rapportent rien ? Comparons-les à la quille de plomb d’un voilier. Certes, elle ralentit la vitesse en pleine course. Mais cela stabilise le voilier dans la tempête.
René Havaux

Cela crée des portefeuilles très diversifiés. Comment suivez-vous toutes ces entreprises ?

Edouard Coene : Si on souhaite être présent dans plusieurs régions du monde, dans différents secteurs, dans plusieurs sous-secteurs, on doit avoir beaucoup d’actions différentes. L'équipe Cadelam utilise une double approche : informatique et humaine. La technologie nous permet de suivre les actions en temps réel, via des rapports, des alertes et un système de trading performant. Elle nous permet aussi de maîtriser les risques et d’optimiser la performance. On connaît donc à tout moment pourquoi le rendement évolue comme il le fait dans un contexte de marché donné. L’approche humaine repose sur l’expertise de l’équipe Cadelam et de parties externes, dont des analystes et des économistes sur lesquels nous pouvons toujours compter.

Comment choisissez-vous les obligations ?

John le Hardÿ de Beaulieu : Le marché est très vaste. Mais on peut globalement distinguer trois grands types d’obligations : les obligations d’État, les obligations d’entreprise classiques et les obligations dites à haut rendement, qui sont soit subordonnées, soit émises par des entreprises de moins bonne qualité. Le niveau de risque diffère donc de l’une à l’autre. Actuellement, vu le contexte, nous restons plutôt défensifs pour contrebalancer le risque des actions. Nous favorisons les grosses entreprises avec un bilan solide pour lesquelles nous disposons de beaucoup d’informations. Nous sélectionnons des obligations suffisamment liquides et diversifiées.

Le nombre de titres dans la partie obligataire est encore plus élevé que celui des actions. Pourquoi ?

Edouard Coene : Cela répond à notre stratégie de diversification et permet de maîtriser le risque de concentration. Diversifier la partie obligataire ne signifie pas nécessairement diminuer le rendement, alors que cela fait clairement baisser le risque. Imaginons deux portefeuilles, l’un avec une dizaine d’obligations, l’autre avec une centaine. Si tout va bien, le rendement est similaire en fin d’année. Par contre, si une entreprise est en difficulté à cause d'un événement inattendu – la crise du coronavirus, par exemple – les cours de ses obligations en circulation s'effondrent. Vous ne pouvez jamais compenser cette perte en n'ayant qu’une dizaine d’obligations, mais bien avec un portefeuille obligataire plus étoffé. C'est pourquoi nous maintenons notre exposition par émetteur à un niveau très faible.

La gestion responsable est un sujet dont on parle beaucoup ces dernières années. Comment se différencie-t-on ?

John le Hardÿ de Beaulieu : La grande différence avec les autres acteurs est que nous appliquons notre processus de développement durable à la totalité de chaque portefeuille, pour tous les clients investissant dans nos fonds maison. Les 22 milliards de fonds patrimoniaux évoqués par René ainsi que nos autres fonds portent le total d’actifs gérés de façon durable à plus de 26 milliards d'euros. C'est un levier puissant, bien sûr.

Et comment se déroule ce processus de durabilité ?

Edouard Coene : Soulignons, tout d’abord, que la durabilité nous tient particulièrement à cœur. De plus, nous pensons que cette démarche comporte un intérêt financier. Nous remarquons dans les performances que les marchés récompensent les entreprises les plus durables. Cela nous ramène à notre perspective à long terme : une entreprise qui vise une croissance des bénéfices à long terme ne peut échapper à l'exigence légitime de travailler de manière socialement responsable. Notre processus d'investissement durable s’articule autour de trois piliers. Le premier est simple : nous excluons les entreprises non durables de nos portefeuilles. Le deuxième est l’engagement : avec l’aide d’Hermes EOS, nous dialoguons avec les entreprises pour les aider à améliorer leur politique de développement durable. Le droit de vote, détenu indirectement en tant que client, est également utilisé pour faire bouger les choses. Enfin, le troisième pilier est l'intégration de paramètres non financiers dans le processus décisionnel. Dans nos investissements, nous tenons également compte de critères tels que l'écologie, la société et la bonne gouvernance.

Nous remarquons dans les performances que les marchés récompensent les entreprises les plus durables.
Edouard Coene

Comment envisagez-vous les trois derniers mois de l'année ? Doit-on encore s’attendre à une certaine volatilité ?

John le Hardÿ de Beaulieu : Les prochaines semaines devraient continuer à être mouvementées. Les élections américaines approchent, les négociations autour du Brexit atteignent une phase finale et le coronavirus reprend de la vigueur dans le monde. Il y a donc beaucoup d'incertitudes et les marchés n’apprécient pas cela, ce qui incite à la prudence. C'est pourquoi nous conservons notre amortisseur obligataire défensif, même s’il ne produira pas de rendement. Ce dernier doit donc venir des actions, pour lesquelles nous gardons nos convictions dans nos thèmes. Aujourd'hui, nous examinons aussi les secteurs durement touchés, mais qui après la crise – et elle prendra fin – seront bien positionnés pour reprendre leur croissance.

Edouard Coene : Exactement, nous nous concentrons sur ce qui suivra cette période turbulente. Et j’y vois plusieurs éléments positifs. Tout d’abord, le soutien massif des banques centrales et des gouvernements. Ensuite, on parle de plus en plus d’un vaccin contre le Covid-19. Les entreprises innovantes se réinventeront et sortiront plus vigoureuses de cette crise, ce qui va créer des opportunités. À moyen terme, nous obtenons une image plutôt optimiste.

René Havaux : Je vous rejoins là-dessus. Les fondamentaux des portefeuilles sont suffisamment robustes pour résister aux fluctuations des marchés à court terme. Ceux qui regardent un peu plus loin dans le futur ne s’inquiètent pas des messages de panique quotidiens et des mauvais présages.
Messieurs, c'est un plaisir de travailler avec vous.