La Fed, un baromètre pour l’économie mondiale
- 26 février 2026
Une nomination à Washington, quelques phrases prononcées en conférence de presse, une nuance dans le ton d’un communiqué et les marchés du monde entier réagissent parfois comme si la météo financière venait de changer. Pourquoi la Réserve fédérale américaine (Fed) est-elle suivie avec une telle attention, bien au-delà des États-Unis ? Ces dernières semaines, le débat autour de l’indépendance de l’institution et les discussions sur la succession de Jerome Powell, l’actuel président de la Fed, ont encore ravivé les projecteurs. Mais au-delà de l’intérêt médiatique, une question demeure : comment distinguer le signal de l’émotion ? Et surtout, comment replacer ces évolutions économiques dans leur contexte, sans céder aux réactions précipitées ? C’est ce que nous vous proposons d’éclairer dans cet article.
Pourquoi la Fed est-elle tant observée ?
À l’approche de la fin du mandat de Jerome Powell à la présidence de la Réserve fédérale américaine, prévue le 15 mai 2026, la question de sa succession capte à nouveau l’attention des investisseurs. En effet, Donald Trump a proposé la nomination de Kevin Warsh comme nouveau président de la Fed. Réputé pour sa ligne prudente, Kevin Warsh est souvent associé à une approche plus stricte de la politique monétaire, avec une attention particulière portée à la maîtrise de l’inflation. Dans ce contexte, de nombreux analystes estiment que sa nomination pourrait contribuer à renforcer la confiance et la crédibilité de la politique monétaire américaine.
Mais il ne s’agit pas seulement d’une personne. La Fed reste l’une des institutions les plus scrutées au monde parce que ses décisions influencent le coût de l’argent, les conditions de financement et, par ricochet, la valorisation d’un grand nombre d’actifs financiers.
L’indépendance d’une banque centrale n’est pas un principe abstrait réservé aux juristes : c’est aussi un ingrédient de confiance pour les marchés.
Cette influence tient d’abord à son mandat, fixé par le Congrès : la Fed doit conduire la politique monétaire de manière à favoriser le plein emploi, des prix stables et des taux d’intérêt de long terme modérés. Pour y parvenir, elle agit dans un cadre de décision collégial avec les 12 membres du Federal Open Market Committee (FOMC), qui se réunissent huit fois par an et ajustent la politique monétaire en fonction des données économiques et des risques identifiés. Autrement dit, la Fed est l’un des régulateurs de l’économie américaine. Et c’est précisément pour cela qu’elle sert de baromètre : elle donne, par ses choix et par ses mots, une lecture structurée de la trajectoire économique.
Ces dernières semaines, un élément a ajouté une couche de complexité à ce baromètre : le débat autour de l’indépendance de la banque centrale. Le Department of Justice a lancé une enquête visant Jerome Powell, liée à sa déposition au Congrès au sujet des coûts de rénovation des bâtiments de la Fed. Jerome Powell y voyait une attaque contre l’indépendance de l’institution.
Ce type d’actualité interpelle, car l’indépendance d’une banque centrale n’est pas un principe abstrait réservé aux juristes : c’est aussi un ingrédient de confiance pour les marchés. En effet, l’indépendance signifie, en pratique, que la Fed peut fixer les taux sans interférence politique, même si ces décisions sont impopulaires à court terme. Or, la confiance est un moteur puissant dans la formation des anticipations d’inflation et dans la stabilité des taux à long terme.
Les décisions de la Fed comme signaux pour les marchés
Fait intéressant : la réaction des marchés à ces tensions institutionnelles a été, jusqu’à présent, relativement contenue. Les taux des bons du Trésor américain ont peu bougé et la volatilité reste modérée, malgré une hausse de l’attention médiatique. Dans le même temps, des mouvements plus visibles ont été observés sur des actifs « refuges » comme l’or, tandis que le dollar s’est légèrement affaibli dans l’immédiat.
Comment interpréter ce contraste entre un sujet potentiellement sensible et la réaction du marché ? Là encore, la métaphore du « baromètre » est utile. Les marchés ne réagissent pas seulement à la gravité apparente d’un événement, mais à sa probabilité d’aboutir, à son calendrier et à ses implications concrètes. Plusieurs analystes estiment que cette enquête pourrait ne déboucher sur rien de substantiel, ce qui limiterait son impact immédiat. Et surtout, les investisseurs peuvent considérer que l’indépendance n’est pas un interrupteur « on/off », mais un continuum : tant que la « fonction de réaction » de la Fed semble inchangée, les prix intègrent le scénario central plutôt que les hypothèses extrêmes.
Cela ne signifie pas que la question est négligeable. Les marchés ont parfois tendance à s’intéresser davantage à l’indépendance d’une banque centrale lorsqu’une crise survient, car c’est dans ces moments-là qu’une institution crédible joue le rôle de « frein d’urgence ». Et, sur le plan juridique, l’environnement mérite d’être suivi : la Cour suprême américaine est appelée à se prononcer sur des dossiers touchant aux limites du pouvoir présidentiel vis-à-vis d’agences indépendantes, avec des lectures possibles qui pourraient, à terme, influencer la perception de l’autonomie des institutions.
Les effets sur les portefeuilles d’investissement
Revenons à l’essentiel : pourquoi, au quotidien, la Fed envoie-t-elle des signaux qui font bouger les marchés ? Parce que sa politique monétaire déclenche souvent des réactions en chaîne. Quand la Fed durcit ou assouplit ses conditions monétaires, le premier impact se lit sur les taux à court terme, puis sur l’ensemble de la courbe des taux, au gré des anticipations de croissance et d’inflation. Cette mécanique influence directement le prix des obligations : lorsque les rendements montent, les prix tendent à baisser, et inversement. Elle affecte aussi le coût du financement dans l’économie réelle, ce qui se répercute progressivement sur les ménages et les entreprises.
Dans un portefeuille d’investissement, ces effets se traduisent sur l’obligataire, le dollar ainsi que sur les actions.
L’obligataire, parce qu’il réagit de manière plus immédiate aux mouvements de taux et aux attentes de marché. Le point important n’est pas de « deviner » le prochain quart de point, mais de s’assurer que la construction obligataire (maturités, sensibilité aux taux, qualité de crédit) reste cohérente avec l’horizon et le niveau de risque souhaités.
Concernant le dollar, sa valeur externe est, par nature, relative : elle se mesure toujours par rapport à une autre monnaie. La politique de la Fed n’a donc pas d’effet direct sur le cours du dollar ; elle agit surtout sur les écarts de taux d’intérêt entre deux zones monétaires et les anticipations qui en découlent. En principe, une baisse des taux américains peut exercer une pression à la baisse sur le dollar. Mais la réalité est souvent plus nuancée : si, par exemple, la BCE baisse ses taux au même moment et que l’écart de taux reste globalement stable, le dollar n’a aucune raison de bouger fortemen t. Ceci dit, l’évolution d’une devise dépend de multiples facteurs et reste, pour cette raison, particulièrement difficile à prévoir. Dans tous les cas, pour l’investisseur européen, cela signifie qu’un actif libellé en USD peut afficher une performance différente en euros selon l’évolution du change, sans que l’on puisse attribuer ce mouvement au seul « geste » de la Fed.
Enfin, les actions américaines, parce qu’elles constituent une composante majeure de nombreux portefeuilles diversifiés, à la fois par leur poids dans les indices mondiaux et par la place des États-Unis dans l’innovation et la croissance des bénéfices. Leur réaction à la Fed n’est jamais uniforme : selon les secteurs et les styles, la sensibilité aux taux diffère. Mais, au-delà du court terme, ce sont toujours la qualité des entreprises, leur capacité à générer des cash-flows et leur discipline financière qui fondent la valeur.
Un baromètre ne dicte pas une trajectoire : il aide à mieux lire la météo pour anticiper les changements de régime et ajuster ses choix avec discernement
Conclusion
La Fed reste un baromètre incontournable : ses décisions et sa communication donnent des indications précieuses sur l’environnement de taux, le dollar et le climat de marché. Pourtant, un baromètre ne dicte pas une trajectoire. Il aide à mieux lire la météo pour anticiper les changements de régime et ajuster ses choix avec discernement.
L’essentiel est donc de conserver une approche cohérente avec votre horizon et vos objectifs. Chez Delen Private Bank, nous suivons ces signaux de près pour les traduire en décisions de gestion mesurées, avec une vision à long terme et une diversification solide.
Les informations présentées dans cet article ne peuvent être considérées comme des conseils en investissement ou des analyses en matière d'investissement.
Tout investissement comporte des risques. Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des résultats futurs.
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